Vous n'êtes pas identifié, identifiez vous
Par Emmanuel Péard, le samedi 13 décembre 2008
La crise, a priori est partout comme si elle nous suivait au quotidien, il est vrai que les médias de manière générale ne s’intéressent pas à autre chose. Ainsi, au fur et à mesure de leur rappel incessant qu’il y a, qu’il y aura une crise, nous allons finir par croire que leur rôle consiste artificiellement à nous plonger dedans, la tête la première.

Alors, à st gabriel, nous avons voulu avoir la nôtre, pour que les médias s’intéressent à nous ;-).
Il y a eu de longues discussions entre moi-même et Uniflore l’élue syndicale du troupeau. Voici quelques lignes de cet épisode. J’avais provoqué cette rencontre car je sentais au sein du troupeau des inquiétudes, un peu de nervosité au niveau de la traite (coup de queue intentionnel, coup de patte manqué, blocage pour donner son lait...)

E sera Emmanuel enfin moi et U pour uniflore et T pour les quelques vaches qui ont souhaité témoignées.
E : bon, Uniflore j’aimerais qu’on discute de cette crise qui à priori pose problème au sein du troupeau.
U : Oui, nous en avons parlé entre nous. On voudrait savoir ce qui est prévu.
E : Ne t’inquiète pas, il n’y a aura pas de grands bouleversements.
U : Est-ce qu’il va y avoir des restrictions budgétaires pour notre alimentation ?
E : Non, aucune. Vous continuerez à avoir du bon foin, de l’enrubannage et du mélange à base de céréales.
U : aucune diminution au niveau des céréales, c’est sûr !
E : Bon certaines mériteraient un régime car elles commencent à avoir plus de gras que de viande. Mais bon passons !
Tu comprends que pour avoir un yaourt avec du goût, il faut une alimentation de qualité, c’est corrélé.
U : Oui je sais
E : donc je vais continuer à vous donner 3 kgs de céréales par jour.
U : ah ouf nous sommes soulagées. Et au niveau de l’effectif, est-ce qu’il va y avoir un plan de licenciement ?
E : Non, aucun. Par contre, et ça c’est la vie, certains départs en retraite sont prévus au printemps.
U : je peux avoir les noms des vaches concernées.
E : il s’agit de Orage et Olette qui commencent à présenter des signes de fatigue (mal aux pattes, souvent couchées...) et je te rappelle qu’elles ont toutes les deux plus de dix ans.
U : Il faudrait pour ces deux vaches une maison de retraite luxueuse (parcelle d’herbe à volonté, céréales à tous les repas, isolation du bâtiment avec des bottes de paille et pédicure à domicile...)
E : Tu as peut-être raison au vu de leur carrière exemplaire mais qui va financer cela ? et le coût social derrière, c’est impossible. d’ailleurs je te laisserai leur annoncer.
U : et alors, il n’y a pas d’autres changements à prévoir ?
E : Et si ! Pour l’instant, vous aviez environ 2 mois de vacances pour refaire un autre veau et redémarrer la production laitière. A partir de l’été prochain, vous perdrez 2 semaines de vacances.
U : quel est l’intérêt ?
E : Cette période improductive me coûte cher et le prix du litre de lait va baisser. Qui dit pas de lait dis pas de yaourt, en plus des départs en voyage dans des parcelles au loin. Et pendant ce temps là, vous mangez tout mon foin ! et puis qu’est ce que c’est que deux semaines de travail en plus ou deux semaines de vacances en moins.
U : oui mais nous on en a besoin, mes collègues ne vont pas être d’accord.
E : tu te débrouilles, je te laisse leur annoncer et essaie de calmer tout le monde, on ne peux pas travailler avec une telle nervosité ! Allez, à ce soir , à la traite et je compte sur toi !
Uniflore sort de la salle de réunion euh de la stabulation et s’en va informer ses collègues.
Pour connaître la suite, connectez-vous la semaine prochaine Comment le troupeau va-t-il recevoir le résultat des négociations ? Peux-t-on craindre la mise en place de rebellion ? Uniflore gardera-t-elle sa place à la table des négociations ? Qui pourrait le remplacer ? Les vaches sont-elles capables de bloquer leur lait ? Comment Orage et Olette vont-elles accepter leurs départs anticipés ? Enfin bref, la suite la semaine prochaîne ?
Emmanuel et Uniflore
©2001-2007 Invitation à la ferme
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